Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale

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La France face aux évolutions du contexte international et stratégique

19 juillet 2012

Le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) a mené une réflexion interministérielle sur l’évolution du contexte stratégique depuis 2008 et les enjeux structurants qui en découlent pour la défense et la sécurité de la France à l’horizon 2020. Le travail, réalisé avec les administrations concernées et avec l’appui de plusieurs experts français et étrangers a donné lieu à un document publié en février dernier.

Ce document est destiné à préparer l’actualisation du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale, prévue au second semestre 2012. En voici les principales conclusions.

Premier constat : l’analyse stratégique de 2008 est largement confirmée

Le Livre blanc de 2008 avait été présenté comme celui de la mondialisation. En 2012, cette dernière demeure éminemment structurante sur le plan stratégique.

Nous devons aujourd’hui prendre en compte les bénéfices de la mondialisation mais aussi ses revers, ces derniers induisant des incertitudes stratégiques parfois inquiétantes pour le monde occidental.

Le Livre blanc de 2008 avait ensuite identifié quatre zones critiques pour la France, parmi lesquelles un « arc de crise » allant de l’Atlantique à l’océan Indien (1).

Celui-ci demeure une zone d’intérêt de sécurité prioritaire pour nous, compte tenu des tensions (Sahel) et des incertitudes (Maghreb) qui l’affectent, alors même que certaines d’entre elles sont à nos portes et qu’elles interagissent directement sur nos intérêts de sécurité.

Les vulnérabilités nouvelles pour le territoire et les citoyens identifiées en 2008 demeurent (terrorisme, missiles balistiques, cyber, espionnage, grands trafics, risques naturels et sanitaires, risques technologiques…) et l’idée d’un continuum sécurité intérieure - sécurité extérieure n’est pas remise en question.

Au total, la pertinence du concept de stratégie de sécurité nationale présenté dans le Livre blanc est plus que jamais confirmée. La stratégie de sécurité nationale reste le cadre structurant de notre politique de défense et de sécurité.

Ses finalités, telles qu’elles sont exposées dans le Livre blanc, à savoir défendre la population et le territoire, contribuer à la sécurité internationale et défendre les valeurs du pacte républicain, constituent les lignes de forces de notre action en matière de défense et de sécurité et ne sont pas remises en question.

Cependant, le panorama stratégique a évolué depuis 2008.

Les évolutions politiques et stratégiques touchant le monde arabe depuis la fin de l’année 2010 constituent une rupture stratégique qui modifie profondément la donne dans les zones d’intérêt stratégique essentielles pour la France et pour l’Europe que sont la Méditerranée et le Moyen-Orient.

Les révoltes populaires dans le monde arabe sont certes porteuses d’opportunités, mais aussi d’incertitudes. Incontestablement, les « Printemps arabes » ont placé les pays du Sud de la Méditerranée au cœur des préoccupations stratégiques de la France.

La reconfiguration de l’équilibre des puissances s’accélère sous l’effet de la crise économique et financière. Alors que les économies émergentes, notamment asiatiques, ont témoigné d’une plus grande résistance aux effets néfastes de la crise, et voient leur position consolidée, la croissance économique des pays occidentaux a été durement touchée.

Cette situation se traduit par une nette accélération du déplacement du centre de gravité stratégique du monde vers l’Asie ; dynamique que le Livre blanc avait relevée, mais considérée comme« progressive » en 2008. Une nouvelle séquence stratégique américaine se dessine, alors que s’achève une décennie d’interventions militaires, menées sur un mode contre-insurrectionnel et caractérisées par une forte empreinte au sol. Les Etats-Unis affichent désormais une volonté renouvelée de s’affirmer en tant que puissance du Pacifique, tout en tirant les conséquences des effets de la crise des dettes souveraines qui les touche aussi.

Des réductions budgétaires vont certes affecter l’outil militaire américain dans les 10 années qui viennent, mais la prééminence des Etats-Unis sur les autres puissances apparaît garantie à l’horizon 2020.

La menace terroriste jihadiste persiste et continue de peser sur notre sécurité.

Néanmoins, l’affaiblissement de ce que les spécialistes appellent « At Qaïda central » fait évoluer cette menace qui tend désormais à se « déconcentrer ». Le processus d’éclatement d’« AI Qaïda central », qui s’est poursuivi et amplifié depuis 2008, pourrait ainsi marquer, non pas la fin du jihadisme global, qui conserve un projet et une forte capacité de nuisance à l’échelle mondiale, mais la fin de la primauté de la structure centrale au profit de logiques locales comme on l’observe aujourd’hui dans le Nord de l’Afrique et dans la péninsule arabique.

Sur cette base, quels vont être les enjeux structurants pour notre politique de défense et de sécurité à l’horizon 2020 ?

En premier lieu, se dégage l’idée que le principe du maintien de notre autonomie stratégique doit être placé au cœur de notre politique de défense et de sécurité pour en constituer la ligne directrice.

Ceci implique de prendre en compte la dimension stratégique des dépenses de défense et de sécurité, dont les retombées positives pour notre industrie nationale sont réelles, et de maintenir une industrie de défense compétitive, en mesure de maîtriser les technologies de souveraineté.

Notre autonomie stratégique repose aussi sur des capacités militaires bien dimensionnées. Ainsi, en matière de gestion de crise, peser politiquement et de manière autonome commence par compter militairement.

Les évènements de 2011 en République de Côte d’Ivoire et en Libye ont confirmé cette réalité.

Le deuxième enjeu consistera pour notre politique de défense et de sécurité à s’exprimer en cohérence avec un cadre multilatéral en transformation, au sein duquel les pays émergents s’affirment, et qui se caractérise, comme l’a souligné la crise libyenne, par la montée en puissance de certaines enceintes multilatérales comme la Ligue arabe. Un troisième enjeu pour notre politique de défense et de sécurité consistera à faire prendre en compte par celle-ci de manière adéquate les risques et les menaces qui pèsent sur notre pays :

• la cybermenace, face à laquelle la France a substantiellement augmenté depuis 2008 ses capacités de réponse ;

• la menace terroriste, dont les facultés d’adaptation sont avérées et incitent à ne pas baisser la garde ;

• la menace des missiles balistiques et de croisière, qui constitue un nouveau développement stratégique ;

• la criminalité organisée sous toutes ses formes qui peut, dans certains cas, déstabiliser des Etats ;

• les risques naturels et technologiques, qui sont potentiellement déclencheurs d’une crise majeure, comme l’a démontré l’accident de Fukushima en 2011.

La défense européenne représente un enjeu structurant majeur pour notre défense et notre sécurité nationale.

Pour la politique de sécurité et de défense commune de l’Union, notre pays affiche des ambitions et une volonté intacte de progrès malgré les défis qui restent à surmonter.

La réforme de l’Alliance atlantique, au sein de laquelle la France a repris une place pleine et entière, et les partenariats que nous avons développés en Europe, en particulier avec le Royaume-Uni, constituent les autres leviers susceptibles de renforcer la défense européenne.

(1) Pour mémoire, les autres zones critiques sont l’Afrique sub-saharienne, le continent européen et l’Asie dans une perspective de conflits majeurs s’y déroulant.


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