Les opposants au colonel Kadhafi ont obtenu la chute du régime au terme de six mois d’affrontements. Conformément à la résolution 2016 adoptée par le Conseil de Sécurité des Nations Unies à l’unanimité le 27 octobre dernier, l’opération « Protecteur Unifié » de l’OTAN s’est achevée le 31 octobre, mettant fin à la zone d’exclusion aérienne et à toutes les opérations militaires visant à protéger les civils. La suite de la transition politique est incertaine et complexe. Le soutien international dont bénéficient les nouvelles autorités libyennes leur sera indispensable. Une page est cependant dès à présent tournée. Au-delà du succès de l’opération militaire conduite par la coalition, quelques enseignements peuvent déjà être tirés.
Le premier constat qui peut être établi à l’issue de l’intervention menée en Libye par la coalition est la réussite incontestable de la mobilisation diplomatique et militaire d’un certain nombre de pays européens, au premier rang desquels la France s’est illustrée.
Face à la crise libyenne et à l’urgence de protéger les populations civiles, la France, en étroite coordination avec le Royaume Uni, s’est impliquée fortement pour faire admettre la nécessité d’une résolution des Nations unies autorisant l’emploi de la force (résolution 1973). Elle a également promu la création du groupe de contact sur la Libye, dont le rôle a été fondamental pour l’accompagnement politique des opérations militaires conduites par l’OTAN. Ce forum a permis, pour la conduite politique de l’opération, d’associer aux alliés occidentaux les pays arabes qui le souhaitaient (EAU et Qatar en particulier) et de désamorcer le paradigme d’affrontement des civilisations que cherchaient à exploiter une partie des détracteurs de l’opération et les sympathisants de Kadhafi.
Grâce à l’autonomie stratégique que lui confèrent ses moyens d’action et d’information, la France a pu jouer un rôle prépondérant dans la résolution de la crise libyenne, tant par son implication politique que par l’ampleur de son engagement militaire. La France a fourni 30% des avions d’armes et 80% des hélicoptères d’attaque impliqués dans l’opération Protecteur Unifié ainsi qu’un engagement maritime significatif : porte-avions, bâtiments de projection et de commandement, frégates et sous-marins nucléaires d’attaque. Ce dispositif a permis de réaliser 22 % des sorties aériennes et 20 % des frappes effectuées par la coalition, assurant la destruction de plus d’un millier d’objectifs militaires des forces pro-Khadafi.1I a aussi permis d’empêcher le renfort par voies aériennes et maritimes des forces pro-Kadhafi. Grâce aux liens tissés avec les forces d’opposition au régime et notamment avec le Conseil national de transition, la France a permis de relayer les attentes des nouvelles autorités libyennes et facilité une adaptation rapide de la posture de l’OTAN à l’évolution de la situation. Après les premières opérations aériennes et navales, le commandement de l’opération à été transféré à l’OTAN. La France et le Royaume-Uni ont œuvré ensemble pour influer sur la stratégie de l’alliance. L’opération a non seulement consolidé la place de la France au sein de l’OTAN mais elle a égaIement confirmé la capacité du couple franco-britannique à entraîner d’autres partenaires européens, renforçant d’autant le poids des Européens au sein de l’Alliance, tant sur le plan politique qu’opérationnel.
La posture américaine a, il est vrai, contribué à solliciter plus significativement l’implication des Européens. Au cours de la crise libyenne, l’adoption par les Etats-Unis d’une doctrine dite du leading from behind, qui ne doit pas occulter le caractère indispensable de leur contribution (avions ravitailleurs et moyens de renseignement en particulier), est venue accréditer l’idée que les Européens ne peuvent plus déléguer leur sécurité.
Alors que la crise économique et financière affecte les budgets de défense de nombre de nos partenaires et alliés et laisse planer le spectre d’un désengagement des Nations européennes, la crise libyenne nous rappelle la nécessité de renforcer la cohésion de l’Union européenne et sa capacité de réaction face à des crises importantes engageant sa sécurité. Même si plusieurs pays européens ont joué un rôle majeur au sein de la coalition, les opérations militaires en Libye ont montré les limites des capacités européennes pour intervenir, y compris dans notre voisinage proche.
Cependant, la crise libyenne offre à l’Union Européenne l’opportunité de retrouver une unité d’action en mettant au service de la Libye nouvelle ses outils et son expertise avérée dans la gestion du post-conflit et de l’accompagnement des transitions politiques, notamment pour ce qui est de l’aide à la réconciliation, à l’élaboration d’une constitution et à l’organisation d’élections. L’Union pourra apporter également sa contribution à la réforme du secteur de la justice et de la sécurité (armées, police), alors que l’ensemble des pays européens de l’Union européenne a intérêt à aider la Libye à retrouver la stabilité sociale et politique.