Le secrétariat du CSDN (1906-1921)

La longue genèse du Conseil supérieur de la défense nationale

Aussi étonnant que cela puisse paraître, il n’existe pas d’organisme de coordination et de synthèse politico-militaire sous la Troisième République. Si les lois constitutionnelles prévoient que le Chef de l’État dispose de la force armée, il n’occupe pas en pratique de place réellement établie dans le système décisionnel. La responsabilité de la protection de la Nation est portée par le Gouvernement, où les ministres de la Guerre, de la Marine et des Colonies tiennent le premier rôle. Dans ce contexte institutionnel, le concept de défense nationale n’a pas de réelle consistance. L’organisation militaire du pays souffre de ce fait d’incohérences, qui se manifestent notamment dans la défense de l’empire colonial dont les départements ministériels concernés se disputent la responsabilité.

Cette situation commence à faire débat à la fin du XIXe siècle. Dès 1889-1890, le général de brigade Henri Iung propose ainsi la mise en place d’un ministère et d’un état-major de la Défense nationale qui se substitueraient à ceux de la Guerre et de la Marine. Cette idée est reprise en 1894 par le capitaine Gaston Moch, polytechnicien alors sur le point de quitter l’armée. En janvier 1897, une nouvelle étape est franchie : le ministre de la Guerre, le général de division Jean-Baptiste Billot, propose au Président de la République, Félix Faure, la création d’un Conseil supérieur de la défense nationale chargé « de la mise en œuvre pour la défense du pays, de l’ensemble des forces qui constituent sa puissance ». Cette première proposition officielle reste néanmoins sans suite apparente.

Il faut la crise de Fachoda et le dénouement de l’affaire Dreyfus pour que le débat rebondisse grâce à des députés de divers horizons, qu’ils soient issus de la droite modérée (Henry Fleury-Navarin, Paul Deschanel) ou de la mouvance radicale-socialiste (Maurice Berteaux, Eugène Étienne et surtout Adolphe Messimy). S’inspirant de l’exemple du Royaume-Uni, où un Committee of Imperial Defence a été créé en 1902, Messimy propose d’aller encore plus loin et de confier à un unique ministère les responsabilités en matière de défense jusque-là partagées entre les départements de la Guerre, de la Marine et des Colonies.

Sans conduire à une évolution aussi marquée, la première crise marocaine de 1905-1906 et le risque avéré d’un affrontement avec l’Allemagne vont servir d’électrochocs : le Conseil supérieur de la défense nationale, premier organisme à vocation politico-stratégique, est créé par le décret du 4 avril 1906.

Le Conseil supérieur de la défense nationale (CSDN), anatomie d’un organisme inédit

Le CSDN se réunit pour la première fois le 6 décembre 1906 au Palais de l’Élysée. Présidé par le chef de l’État, il rassemble le Président du Conseil, les ministres des Affaires étrangères, de la Guerre, de la Marine, des Finances et des Colonies. Le chef d’état-major général de l’Armée (de terre), le chef de l’état-major général de la Marine et le général président du Comité consultatif de défense des Colonies participent également aux séances avec voix consultatives. Le secrétariat, non permanent, est assuré par le général de division secrétaire du Conseil supérieur de la Guerre, assisté de deux officiers supérieurs et d’un sous-officier.

Convoqué à onze reprises de 1906 à 1914, le CSDN s’attache essentiellement aux questions de la défense des côtes, des arsenaux et des liaisons maritimes entre la métropole et les colonies. Réformé une première fois par le décret du 28 juillet 1911, il s’ouvre à des « conseillers techniques » dotés d’une voix consultative et une section d’études permanente, en contact avec la présidence du Conseil, est également créée. La déclaration de guerre d’août 1914 interrompt les travaux de ce nouvel organisme qui, par nature, aurait pourtant dû jouer un rôle central dans la conduite du conflit.

Il faut attendre le mois de mars 1920 pour que ce conseil supérieur soit à nouveau saisi, avec pour principale mission de tirer toutes les leçons du premier conflit mondial. Face à l’insuffisante anticipation par la France de ce que fut finalement la Grande Guerre, il lui incombe en particulier de veiller à une meilleure coordination des différents travaux ministériels dans le cadre « de la préparation de la nation toute entière à la lutte d’ensemble ». Devant l’ampleur de la tâche, la création au côté du CSDN d’un organe permanent de centralisation et de documentation s’impose. Par le décret du 17 novembre 1921, un secrétariat général du Conseil supérieur de la défense nationale (SG-CSDN) est ainsi institué.