21/01/2016

Discours du Secrétaire Général

Vœux prononcés devant le GICAT

Discours prononcé par M. Louis Gautier le 21 janvier 2016. Paris

Monsieur le président, Monsieur le délégué général du GICAT,

Messieurs les parlementaires,

Mesdames, Messieurs,

Laissez-moi vous dire, tout d’abord, à quel point je suis impressionné par le bilan du GICAT et par ses perspectives. Je salue notamment la politique ambitieuse de rachat de salons à l’étranger qui permettra, j’en suis sûr, d’accroitre la présence de vos adhérents sur le marché international et de renforcer un secteur industriel plus que jamais incontournable dans ces temps troublés.

Depuis un an, notre pays est exposé à une vague d’attentats sans précédent par leur nombre et leur violence, sans précédents par leurs modes opératoires ─ avec le recours à des armes de guerre et à des attentats-suicides ─, sans précédents par la radicalité des mobiles. En novembre dernier, une partie de notre jeunesse fut cruellement fauchée par des hommes égarés et remplis de haine qui prenaient à partie notre mode de vie après avoir déjà menacé nos valeurs lors de l’attentat contre la rédaction de Charlie Hebdo. Face à ces actes barbares, nos espoirs pour cette nouvelle année sont d’abord ceux du retour de la paix et de la concorde civile.

Qu’opposer face à l’irrationalité et au fanatisme des causes perdues ? La cohésion de la Nation et plus particulièrement celle de tous les acteurs de la défense et de la sécurité. Loin de nos frontières et près de nous, le péril terroriste nous sollicite tous. Il nous sollicite nous, acteurs politiques et responsables des servies en charge de la sécurité de notre pays, il vous sollicite également vous, industriels de défense et de sécurité dont le rôle citoyen est aujourd’hui on ne peut plus essentiel.

Avec pas moins de douze tentatives d’attentats ─ la plupart d’entre elles heureusement déjouées ─ 2015 a manifesté le polymorphisme d’une menace qui s’adapte à nos vulnérabilités et qui recherche les failles de nos systèmes de sécurité. Saint-Quentin Fallavier a mis en avant la nécessité de mieux protéger les sites industriels sensibles. La tentative avortée du Thalys nous a conduits à prendre des mesures de sécurisation des transports collectifs terrestres. Les attentats de novembre dernier, en signalant la vulnérabilité des espaces publics aux agressions terroristes, ont souligné le besoin d’une réponse générique en lieu et place de mesures de protection spécifiques. Dans le même temps, l’attaque menée contre TV5 Monde a confirmé de façon particulièrement spectaculaire la réalité de la menace cyber, tandis que l’explosion au-dessus du Sinaï de l’avion russe A321 nous a rappelé les risques qui pèsent toujours sur le transport aérien.

Le niveau élevé de ces menaces suppose une adaptation constante de nos instruments de sécurité et une réactivité dont la nouvelle loi renseignement, la validation du PNR et les conclusions du conseil national du renseignement du 13 janvier dernier sont les traductions récentes. Au cours de l’année 2015, pas moins de quinze postures Vigipirate ont ainsi été adoptées à l’initiative du SGDSN, avec la volonté de coller au plus près de l’actualité de notre pays : fêtes de Noël et COP 21 hier, Eurofoot demain. Afin d’en renforcer l’efficacité, j’ai d’ailleurs récemment soumis une nouvelle adaptation de ce plan au Premier ministre.

Mais c’est surtout la question du déploiement des forces armées sur le territoire national qui exprime le mieux le caractère extraordinaire de la situation que nous vivons et les mutations à l’œuvre en matière de sécurité. Fortes de leur flexibilité et de leurs capacités spécifiques en termes d’infrastructures, de génie ou encore de lutte contre la menace NRBC, les armées d’aujourd’hui ne sont plus appelées à servir d’appoint ponctuel aux forces de sécurité intérieure, comme l’envisageait encore l’instruction interministérielle n° 10100, mais à devenir un contributeur significatif et permanent de notre protection quotidienne. Ceci nous oblige à réfléchir aux évolutions permettant de garantir la disponibilité, la capacité d’action et l’efficacité des effectifs militaires engagés sur notre sol, en repensant en particulier le cadre juridique de leur intervention, le partage des missions entre militaires et forces de sécurité intérieure, et l’harmonisation du dialogue civilo-militaire.

L’imbrication croissante entre sécurité intérieure et extérieure nous oblige ainsi à redéfinir notre doctrine d’emploi des forces. Elle exige également que nous repensions les moyens matériels mis au service de notre défense et de notre sécurité. Cette dynamique, nous en avons vu au moins deux traductions concrètes en matière d’équipement militaire :

  • le programme SCORPION, qui conduira bientôt à la livraison des premiers VBMR (véhicules blindés multi-rôles) ;
  • le rapprochement de Nexter et de KMW, qui par la mise en commun des capacités technologiques françaises et allemandes confirme la possibilité de développer une véritable industrie de défense européenne à laquelle la France doit contribuer au premier chef.

Le SGDSN a joué un rôle majeur sur ce dernier point en aplanissant avec nos interlocuteurs allemands du contrôle les obstacles qui s’opposaient à la constitution de programmes européens, tout en permettant à un industriel européen de répondre aux besoins de l’armée de terre française. Il poursuit aujourd’hui ses discussions avec l’Allemagne afin de rechercher une convergence en matière d’exportation d’armement qui irait au-delà de l’opération KANT et qui toucherait, je l’espère, l’ensemble du domaine terrestre.

Je n’ignore pas, à ce sujet, les questions très actuelles que posent les exportations de matériels militaires co-produits vers certaines destinations sensibles. Je peux vous assurer que nous mettons tout en œuvre pour analyser les difficultés et trouver les solutions les plus adaptées avec nos partenaires.

En parallèle, vous le savez, le SGDSN joue un rôle moteur au sein des forums européens dédiés à l’exportation des matériels de guerre afin de faire évoluer la directrice TIC et de simplifier aussi bien les transferts intracommunautaires d’armements que les réexportations vers des pays tiers. Des avancées significatives ont déjà été obtenues, comme la création des licences générales de transfert et la certification des entreprises. Il faut poursuivre dans cette voie et montrer davantage d’ambition dans les réformes en cours.

Mais c’est surtout sur le plan de la sécurité intérieure que le besoin de solutions innovantes se fait le plus sentir. Face à l’impossibilité de déployer des gardes sur l’ensemble des sites sensibles, nous avons effectivement besoin que soient inventés et mis en œuvre de nouveaux dispositifs d’autoprotection. Face à l’accroissement du nombre des cyberattaques et au risque d’évolution de leur nature pouvant viser potentiellement nos systèmes de sécurité, il est par ailleurs nécessaire d’améliorer nos moyens de détection, de protection, de cyberdéfense.

Avec ses 300 000 emplois et un chiffre d’affaire de 30 milliards d’Euros, le secteur français de la sécurité est bien positionné pour répondre aux sollicitations multiples de cette demande. C’est en son sein que sont actuellement développées les solutions de demain qui doivent nous permettre de gagner en efficacité : accélération du traitement de l’information, progrès de la vidéoprotection, développement des systèmes de surveillance des frontières, des drones et des techniques de détection d’explosifs et de menaces NRBC, amélioration de la protection des systèmes informatiques et des techniques biométriques, etc.

Il faut accélérer le développement de certains projets et intensifier certains investissements afin d’offrir à l’Etat, mais aussi aux entreprises, en particulier à nos opérateurs d’importance vitale, les solutions capacitaires dont ils ont aujourd’hui besoin. C’est à vous que revient cette mission et c’est à nous qu’il incombe de vous accompagner afin de permettre le développement de la filière française de sécurité et son maintien au meilleur niveau de compétitivité et d’innovation.

C’est dans ce but qu’a été créé le comité de la filière des industries de sécurité (CoFIS) dont le SGDSN assure le pilotage avec la DGE. Auteur d’une étude de grande qualité sur l’état du marché de la filière industrielle française de sécurité, ce comité a posé en 2015 des jalons importants au bénéfice des acteurs de la filière. Il en a dressé une cartographie qui permet de savoir précisément de quoi et de qui l’on parle. Il a lancé les premiers démonstrateurs, tels la plateforme de vidéprotection VOIE et le démonstrateur Professional Mobile Radio.

Son comité de décembre a par ailleurs montré l’attention accrue que les pouvoirs publics portent à cette filière. Il fut ainsi l’occasion de lancer la « task force citoyenne », afin de fournir un cadre juridique au volontariat industriel qui n’a pas manqué au lendemain du 13 novembre. Il a surtout permis de fixer une feuille de route ambitieuse pour le développement de ce secteur qui a été validée par les ministres de l’Intérieur, de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique.

Il manquait à cette feuille de route un soutien financier. Les plans d’investissement d’avenir 1 et 2 n’ont effectivement bénéficié qu’à certains sous-secteurs spécifiques de la filière sécurité, comme le domaine cyber. Cette carence m’a conduit à plaider la cause de la filière auprès du commissaire général à l’investissement, Louis Schweitzer. La sécurité pourrait ainsi constituer une priorité du PIA 3 dont les fonds seraient alors utilement employés afin de favoriser l’émergence de start-up encore trop peu nombreuses, de mettre en place des grands programmes associant PME innovantes et grands groupes industriels, de soutenir des projets technologiques, de lancer des projets de démonstrateurs et de plateforme à grande échelle, de financer la recherche fondamentale ou appliquée, de contribuer à la diffusion des technologies vers les entreprises utilisatrices ou encore d’encourager le dynamisme régional.

En tant que membre fondateur du conseil des industries de la confiance et de la sécurité (CICS), le GICAT a activement contribué à cette feuille de route et il sera appelé à participer à sa mise en œuvre. Il est également destiné à jouer un rôle de premier plan dans l’émergence d’une nouvelle gouvernance du CICS, comme cela a été clairement demandé par M. Macron, afin de contribuer au renforcement de la participation et de la représentativité industrielle au sein du CoFIS.

2016 s’annonce ainsi riche de perspectives. Je souhaite qu’elle soit pour chacun de vous la source de nombreuses joies personnelles et de satisfactions professionnelles, et je forme le vœu qu’elle soit pour notre pays l’occasion de construire ensemble un environnement de sécurité qui éloigne définitivement de nous les événements tragiques de 2015.