23/10/2015

Discours du Secrétaire Général

Conférence inaugurale prononcée à l’école Navale

Discours prononcé par M. Louis Gautier le 23 octobre 2015. Ecole Navale, Brest

Messieurs les amiraux,

Mesdames, Messieurs les officiers

Mesdames, Messieurs les élèves-officiers de la promotion 2015,

Vous avez choisi la mer, vous avez choisi le métier d’officier. A l’âge de toutes les promesses, quand d’autres entrent seulement dans une carrière, vous répondez à un appel et à une vocation. Votre horizon élargi aux confins de la planète, vous vous engagez à servir votre Nation. La France, bien sûr, pour la plupart d’entre vous, mais également le Bénin, le Cameroun, le Congo Brazzaville, la Côte d’Ivoire, le Gabon, le Liban, le Japon, Madagascar ou encore le Sénégal pour vos camarades étrangers. Double ambition, double exigence, double défi. C’est pourquoi, en raison de tout ce dont vous êtes porteurs pour notre pays et les pays qui nous sont associés, je suis heureux et honoré de l’invitation de l’amiral Lugan à prononcer devant vous cette conférence inaugurale.

Commencé avec anticipation par la chute du mur de Berlin, le XXIe siècle est à peine plus âgé que vous, et pourtant il a déjà compromis bien des espérances, sans doute un peu hâtivement formées, que l’on plaçait en lui avec la fin de la guerre froide. L’Europe qui pensait avoir définitivement conjuré le spectre de la guerre, elle qui pensait avoir banni la menace des conflits militaires, les voit roder aux pourtours du vieux continent. L’Union européenne, trop vite persuadée que son modèle de société et d’intégration allait servir d’exemple au reste de la planète, ne voit guère progresser ailleurs la démocratie et les droits de l’homme. Les Européens, qui s’imaginaient jouer chez les autres les Messieurs bons offices, et tout au plus les gendarmes sanctionnant les sorties de route de l’ordre international, sont passés en deux décennies des opérations humanitaires aux opérations sécuritaires et se divisent à présent entre ceux qui, tétanisés par l’évolution du monde, se réfugient dans l’abstention stratégique, et ceux qui, comme la France, considèrent que la dégradation de la situation internationale appelle au contraire, du Mali à la Syrie, des réactions robustes, une réaffirmation de notre posture de défense et une réévaluation de notre politique militaire.

L’accélération de la révision de la loi de programmation militaire, la décision d’augmenter le budget de la Défense et de ralentir les déflations d’effectifs, notamment dans le cadre de l’opération Sentinelle, sont les preuves récentes de cette ambition française. Celle-ci est aujourd’hui d’autant plus nécessaire que la donne internationale a très rapidement évolué au cours des cinq dernières années sous l’effet de l’affaiblissement de l’autorité stratégique des Etats-Unis, de la moindre cohésion du monde occidental, tributaire notamment des dissensions européennes, du réengagement de la puissance russe, de l’émergence de nouvelles puissances, en particulier en Asie et en extrême orient, enfin de la panne du système de régulation en matière de sécurité collective. L’équation sécuritaire a elle aussi beaucoup évolué en cinq ans, en particulier pour l’Europe qui voit se superposer des menaces se nourrissant les unes des autres : des conflits proches, le terrorisme, l’immigration. La défense et la sécurité nationale sont de ce fait naturellement replacées au cœur des préoccupations politiques, et le Secrétariat Général de la Défense et de la Sécurité Nationale, qui est chargé de coordonner l’action gouvernementale dans ce domaine, est à ce titre particulièrement sollicité et mobilisé.

Depuis un an, le Secrétariat général a ainsi préparé onze conseils de défense tenus autour du président de la République, auxquels s’ajoutent les cinq conseils réunis devant la menace des attentats Charlie. Ces réunions permirent de traiter une grande diversité de sujets : les opérations extérieures ¬¬─ Barkhane, dans la bande sahélo-saharienne, Sangaris, en République Centrafricaine, Chammal, en Irak et depuis peu en Syrie ─, les missions intérieures de la lutte contre le terrorisme sur le territoire national ─ avec l’opération Sentinelle ─, l’actualisation de la loi de programmation militaire, le dimensionnement des effectifs des forces prépositionnées du ministère de la Défense, le plan d’action contre l’épidémie à virus Ebola, la modernisation des armements nucléaires, la question des drones et le dossier BPC. Ce catalogue de travaux, même incomplet, illustre l’étendue et la variété des missions du SGDSN.

En matière de défense et de sécurité, le Secrétariat général tisse en effet un lien essentiel entre l’action du président de la République et celle du Premier ministre. Il est en quelque sorte un pont thermique entre les deux têtes de l’exécutif. Face à la répartition constitutionnelle de leurs compétences ─ et même si la présidentialisation du régime attire de plus en plus vers l’Elysée, non seulement les questions militaires, mais aussi celles ayant trait à la sécurité intérieure ─, il établit entre elles une sorte de coordination nécessaire à la prise et au suivi des décisions. Pour résumer plus largement son action, je dirais que le SGDSN, sur le grand bâtiment de l’Etat, exerce trois fonctions principales. Un rôle de vigie ou de guetteur face aux signaux, même encore faibles, qui annoncent le grain. C’est en effet vers lui que convergent l’ensemble des informations réunies par les ministères, et c’est à lui que revient la mission de discerner l’imminence d’un danger. Un rôle de chef de quart, quand la mer est déjà formée, avec pour mission de conseiller à la manœuvre le commandant, en l’occurrence le président de la République ou le Premier ministre. Un rôle, enfin, d’officier radio chargé de la gestion des habilitations, des communications gouvernementales, de la sécurité des systèmes d’information et de la cyberdéfense à travers l’action du Centre de Transmissions Gouvernemental et de l’Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information.

Depuis ce poste éminent d’observation, d’analyse mais aussi de planification, quelles sont les tendances géostratégiques que l’on voit s’inscrire dans la durée ? Quelles sont les réponses actuelles ou à venir que l’on voit se dessiner, en particulier sous l’angle qui retiendra naturellement le plus votre attention, celui de la mer ?

L’évolution du contexte géostratégique

Le principal constat stratégique qui s’impose est celui de la multiplicité, de la simultanéité et de la durée des crises auxquelles nous sommes confrontés, triple conjonction funeste qui en augmente la gravité.

En plusieurs endroits de sa périphérie immédiate, l’Union européenne est face à une situation préoccupante. Au Sud-Est, la vague des révolutions arabes a laissé place à une conjoncture politique profondément dégradée, en particulier au Levant, menacé d’implosion sous l’effet de la guerre civile en Irak et en Syrie, mais aussi en Lybie, que sa désagrégation politique a transformé en un véritable hub terroriste. Au Sud, l’ensemble de la bande sahélo-saharienne est déstabilisé par les agissements de groupes djihadistes. A l’Est, la Russie, considérant l’espace post-soviétique comme une zone d’intérêt national et conduisant une politique de réarmement sans précédent, réaffirme sa puissance par l’annexion de la Crimée et par le travail de déstabilisation qu’elle mène dans le Donbass, dans la continuité de ses précédentes interventions en Ossétie ou en Transnistrie. Le spectre de la guerre interétatique que l’Europe pensait avoir définitivement écarté revient ainsi frapper à sa porte.

Devant cette évolution, ce serait un contresens de considérer que persiste encore, comme au XXe siècle, une solution de continuité entre sécurité interne et externe. Défis extérieurs et menaces intérieures se renforcent simultanément, mettant à l’épreuve des instruments de sécurité initialement conçus pour les uns et pour les autres. Le terrorisme international d’inspiration djihadiste contribue ainsi à la déstabilisation du Proche-Orient et du Maghreb. Son essor accentue dans le même temps les risques d’attentats sur le territoire national et contre nos ressortissants à l’étranger, d’autant que sa propagande fanatique séduit un nombre limité mais croissant de nos compatriotes incorporés dans les filières djihadistes. Début octobre, plus de 500 citoyens français ou résidents en France étaient présents dans la zone irako-syrienne, tandis qu’environ 250 étaient de retour sur le territoire national.

La résolution de crises aussi complexes s’inscrira nécessairement dans le temps long. A ce stade, rien ne permet d’escompter une amélioration proche et certaine de la situation internationale. Au contraire, tout porte à croire que la multiplication des foyers de tensions va se poursuivre, avec une difficulté, comme dans un feu de forêt, à éviter la diffusion de l’incendie aux Etats limitrophes, tels le Liban, la Jordanie ou la Tunisie. Ce risque d’extension des crises est d’autant plus fort qu’elles entrent en résonnance les unes avec les autres. Par ailleurs, notre monde est confronté à des défis sécuritaires inscrits pour leur part dans la durée, mais qui se superposent aux crises violentes actuelles : le réchauffement climatique, les mouvements migratoires ou encore le ralentissement de la croissance économique. Si ces enjeux de sécurité n’appellent pas une solution militaire, ils engendrent des mutations difficiles pour l’ordre international.

Face aux menaces, les outils dont nous disposons sont eux-mêmes défaillants. Ces dernières années, les instruments ordinaires de la sécurité collective ont révélé leur caractère inadapté ou déficient. L’impunité avec laquelle certains interdits ont été bravés, tels l’emploi par la Syrie d’armes chimiques contre sa population ou la remise en cause par la Russie de l’intangibilité des frontières, a ancré le sentiment d’une faillite du système de sécurité international. Elle a contribué à ancrer l’idée d’une régression dans l’application des normes qu’accroît le désinvestissement stratégique des Etats traditionnellement impliqués sur la scène internationale et censés les faire respecter. En dépit des appels répétés à une plus grande prise en charge de leur sécurité par les Européens, le manque d’appétence de nos partenaires pour un engagement militaire hors de leurs frontières nationales s’est aussi accentué. Parallèlement, la baisse structurelle des dépenses de défense dans l’Union européenne n’a pas été compensée par un accroissement de la mutualisation capacitaire, pourtant nécessaire dans un contexte où la marge de manœuvre des Etats membres reste limitée par les contraintes budgétaires.

Alors que la crise économique cède progressivement la place à une croissance en berne, la question financière constitue en effet une des principales limites de l’action collective. L’économie mondiale est entrée dans une nouvelle ère de turbulences. Cela affecte nécessairement les capacités d’intervention des Etats, tout en contribuant par ailleurs à la fragilisation de l’ordre international. Face à un climat économique détérioré, l’effondrement du cours du pétrole depuis l’été 2014 risque ainsi de déstabiliser les pays les plus dépendants de cette rente, notamment en Afrique, dans la péninsule arabique ou en Russie, et d’entraîner l’émergence d’une contestation plus ou moins structurée.

Devant ce constat alarmant, d’aucuns redoutent l’avènement d’une guerre mondiale, et indéniablement la guerre s’est mondialisée. Mondialisée, elle l’est d’abord en raison du fil rouge du terrorisme qui relie en un chapelet de conflits funestes la Tchétchénie, l’Indonésie, la Syrie, la Lybie et le Mali. Mondialisée, elle l’est aussi en vertu d’un éclairage médiatique constant et global. Mondialisée, elle l’est enfin par l’importance de la mobilisation diplomatique et militaire. A l’exception notable de la Chine, toutes les grandes puissances sont aujourd’hui présentes au Moyen-Orient, où armées russes et américaines sont notamment en présence pour la première fois depuis le début des années 1960.

Pour mondialisée qu’elle soit, cette guerre n’est cependant pas mondiale. L’incendie moyen oriental peut certes couver, couve même, dans les régions limitrophes de la Syrie et de la Lybie. Les risques d’une conflagration planétaire ne sont toutefois pas avérés. En effet, si l’apparition d’acteurs transnationaux d’une extrême violence, comme Daech ou Al Qaida, a contribué à la multiplication ostentatoire des transgressions et des perturbations de l’ordre international, les désordres ainsi engendrés ne remettent pas foncièrement en cause les fondements de la paix mondiale. Les intérêts de sécurité des grands Etats sont engagés, mais pas leurs intérêts stratégiques ni leurs intérêts vitaux, et l’équilibre actuel des puissances entre l’Europe, les Etats-Unis, la Chine et la Russie n’est pas rompu. Nos sociétés connaissent dès lors le paradoxe de la multiplication des situations de guerre dans un monde globalement en paix.

Si la dissuasion nucléaire joue un rôle de premier plan dans le maintien de cette situation de paix, les marines sont également appelées à y contribuer en répondant aux nouveaux défis stratégiques auxquels elles sont elles-mêmes confrontées.

De nouveaux enjeux maritimes

En ce début de XXIe siècle, deux tendances majeures contribuent effectivement à redessiner les horizons stratégiques de la marine. La première tient à l’accélération des ruptures économiques, écologiques et technologiques que favorise en particulier une mondialisation qui accroît notre dépendance à l’égard de régions de plus en plus éloignées. Ainsi la mer de Chine méridionale ne constitue-t-elle plus un théâtre d’opération exotique pour l’Europe, mais un corridor stratégique par lequel transite une large partie de ses flux marchands. La deuxième réside dans le regain des ambitions de puissance qui caractérise non seulement les grands Etats maritimes et nucléaires, mais aussi de nouveaux acteurs comme l’Inde. Dans le domaine maritime, on assiste de ce fait à une redéfinition des enjeux stratégiques sous l’effet d’une quadruple bascule.

La première est économique et tient d’abord à la maritimisation de l’économie, elle-même engendrée par la division internationale du travail et par l’affirmation de l’Asie comme l’atelier du monde : 90% du commerce mondial s’effectue actuellement via la mer et le tonnage transporté a plus que doublé en quinze ans, pour atteindre aujourd’hui 9 milliards de tonnes. Ces quelques chiffres confortent les propos du général De Gaulle qui rappelait, dans le discours inaugural prononcé en ces lieux en 1965, que la mer est un obstacle mais d’abord un chemin. De fait, c’est bien l’existence de routes maritimes qui confère aux océans leur principal attrait. Mais la mer vaut également comme une nouvelle dimension des activités humaines dont l’importance ne cesse aujourd’hui de croître avec l’épuisement des richesses terrestres : ses ressources. Le cas de la France est à ce titre emblématique. Fort d’un domaine maritime de onze millions de kilomètre carrés grâce à ses possessions d’outre-mer, elle peut espérer tirer parti de multiples ressources stratégiques, comme dans le cas des îles Eparses situées dans une zone, le canal du Mozambique, appelée à devenir la nouvelle mer du Nord, si se confirme la présence dans ses fonds d’importantes réserves d’hydrocarbures (entre 6 et 12 milliards de barils de pétrole et de 3 à 5 milliards de mètres cube de gaz).

L’exploitation de telles richesses nous confronte néanmoins à d’importants défis stratégiques. Les flux maritimes ont leurs vulnérabilités, tels les détroits de Bab˗el˗Mandeb, d’Ormuz ou de Malacca, véritables goulot d’étranglement qui concentrent toutes les attentions, y compris celle des pirates pour lesquels ils peuvent être source d’opportunités. Gage de prospérité, les ressources maritimes sont par ailleurs l’objet de convoitises et donc de tensions, comme l’atteste la politique chinoise en mer de Chine méridionale. Afin d’asseoir ses revendications sur les îles Paracels et Spratleys, et sur les abondantes réserves énergétiques et halieutiques qu’abritent leurs eaux, Pékin n’hésite pas à renforcer sa présence militaire dans cette région, contribuant par là même à sa déstabilisation. Face à l’attrait des richesses maritimes, la convention de Montego Bay signée en 1982 apparaît ainsi comme un édifice bien fragile.

La deuxième bascule est écologique. Si le phénomène est encore difficilement appréhendé, il apparaît de plus en plus certain que le réchauffement climatique est à l’origine de mouvements migratoires appelés à s’amplifier dans les décennies à venir. Ceux-ci peuvent prendre la forme d’un exil des populations pauvres vers les littoraux qui, joint à la réduction des ressources halieutiques, favorise le développement de la piraterie. C’est notamment le cas dans la corne de l’Afrique. Ces mouvements risquent surtout de se traduire par un accroissement des migrations maritimes illégales vers les régions les mieux préservées, que ce soit en Méditerranée, en Asie du Sud-Est ou dans l’océan Indien.

La troisième bascule est scientifique. En quelques décennies, les nouvelles technologies ont substitué à la dominante mécanique des navires une dominante informatique, en même temps qu’elles ont gagné les installations portuaires. La menace qui pèse sur le commerce maritime et sur les forces navales n’est dès lors plus une simple menace physique, elle est également virtuelle, à travers le risque de cyberattaques. Comme la mer, dont il partage nombre de qualités, que ce soit la fluidité, l’absence de délimitations ou l’existence de richesses convoitées, le cyberespace a effectivement ses pirates et ses corsaires. Par les attaques qu’ils peuvent effectuer sur un grand port, ces derniers sont à même de désorganiser toute une chaîne d’approvisionnement et par voie de conséquent l’économie même d’un pays. Ils rendent plus que jamais nécessaire la prévention de telles agressions, mission dont l’Agence Nationale de Sécurité des Systèmes d’Information est chargée au sein du SGDSN.

La dernière bascule est enfin liée à l’évolution des forces maritimes en présence. Alors que l’Europe est à la traîne, d’autres puissances navales émergent ou confortent leur position. C’est le cas de la Chine, dont les chantiers navals ont livré une frégate tous les trois mois entre 2010 et 2013. Ses sous-marins sillonnent aujourd’hui l’océan Indien et ses navires manœuvrent jusqu’en Méditerranée. C’est également celui de la Russie, dont les forces sous-marines ont fait l’objet d’une récente modernisation et dont la marine constitue un des principaux pivots en matière de politique internationale.

La marine nationale dans laquelle vous venez d’entrer doit s’adapter à ce nouveau contexte stratégique. Sous l’autorité de son chef d’Etat-major, l’amiral Bernard Rogel, le plan stratégique « Horizon marine 2025 » s’efforce de répondre à des défis qui sont de taille : soutenabilité des forces maritimes, maintien des compétences individuelles et collectives des marins, gestion en micro flux de compétences rares dans les domaines exigeants du nucléaires et de l’aéronautique. Ce plan stratégique vous concerne directement car à cet horizon 2025, vous exercerez des responsabilités importantes qui amèneront certains d’entre vous à commander des bâtiments au sein d’une marine resserrée mais cohérente et investie d’une triple mission : la dissuasion nucléaire, les opérations de projection extérieure et celles de protection effectuées dans le cadre de l’action de l’Etat en mer.

Cette triple mission est ambitieuse. Elle suppose que notre marine demeure une flotte polyvalente, un vecteur de puissance et une marine hauturière à même d’intervenir loin de nos côtes. Dans un contexte de difficultés budgétaires et de réduction capacitaires, un tel objectif passe par le pari de la modernisation plutôt que du nombre. Ce choix a présidé aux chantiers des SNLE, du porte-avion nucléaire, du Rafale, des frégates multimissions, des sous-marins nucléaires d’attaque et des hélicoptères NH90. La France reste ainsi en tête d’une course technologique sans cesse recommencée et se donne les moyens, tant d’assurer sa défense nucléaire, que de déployer des bâtiments spécialisés loin de son territoire pour assurer des missions allant de l’action humanitaire à l’intervention armée. Le maintien de cette position d’excellence dépendra néanmoins de la constance de nos efforts futurs.

Vous l’avez compris, face aux nouveaux défis de ce monde, l’institution que vous rejoignez est appelée à jouer un rôle majeur. Elle constitue pour notre pays un instrument stratégique fondamental pour servir notre politique de dissuasion nucléaire, pour garantir la liberté des mers, pour permettre l’exploitation sereine de notre zone économique exclusive. Elle est aussi un atout essentiel pour la gestion d’une multitude de menaces allant de la piraterie à la lutte contre les trafics en passant par la gestion des flux migratoires. Elle est enfin indispensable à la réalisation de nos interventions extérieures et de nos opérations effectuées de la mer vers la terre, opérations dont l’importance n’a cessé de croître depuis la fin de la guerre froide.

Au maréchal Foch qui, avec un peu d’ironie, assimilait les marins à des « serruriers » en raison de leurs compétences techniques, on pourrait répondre oui, mais des serruriers stratégiques. Les différentes clés que détient la marine lui garantissent en effet un rôle déterminant dans les affaires diplomatiques et militaires du monde. De grandes perspectives s’ouvrent ainsi devant elle, et je terminerai, si vous me le permettez, en citant l’amiral Castex : « D’aucuns trouveront exagérément ambitieux ce programme de rayonnement de la Marine. Il doit cependant être conçu ainsi. […] Plus le but est élevé, plus il stimule les énergies et la volonté de l’atteindre. […] Aussi, en définitive, est-ce celui-là que je lègue […] aux marins des générations futures, à ceux qui connaîtront peut-être, s’ils s’y conforment, une splendide aurore ». C’est l’avènement de cette splendide aurore que je vous souhaite aujourd’hui.