1/01/2017

Article du Secrétaire général

Repenser et agir

Dans la revue Défense n°183, de novembre-décembre 2016. Article de M. Louis Gautier

Nous vivons une époque d’inflexion stratégique. Il en découle une instabilité relative source d’incertitudes donc d’inquiétudes. Mais cette situation doit être considérée comme l’occasion de relever un formidable défi, de repenser concepts et modèles d’action de notre système militaire et de sécurité.

Le Livre blanc n’est-il dès lors pas le bon outil ? La question peut apparaître paradoxale au moment où un nombre croissant de pays européens se rallie à l’exercice, comme l’Allemagne, qui publie cette année, dix ans après le précédent, un nouveau Livre blanc, ou comme le Royaume-Uni, qui vient de réviser sa Strategic Defence and Security Review parue en 2015. De fait, surtout en l’absence d’un Livre blanc de la défense et de la sécurité européenne, la production d’un document national reste nécessaire à condition de perfectionner l’exercice, ce qui implique de trancher préalablement certaines questions.

Doit-on rester sur le principe d’une réactualisation au coup par coup, décidée par le politique, ou souscrire au modèle anglo-saxon qui prévoit la parution d’un nouveau Livre blanc tous les cinq ans afin de répondre à l’évolution rapide du contexte stratégique ? Face à la perspective d’un renouvellement fréquent de ce document, est-il par ailleurs pertinent de consacrer une année à sa préparation ?

La composition de la commission chargée de la rédaction du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale doit-elle avoir pour ambition d’être  » représentative…, ou bien chercher à se professionnaliser ? Comment concilier en son sein l’expertise et l’ouverture utile à des membres de la société civile ?

Enfin quels sont les objectifs visés ? Ceux-ci vont en effet de l’évaluation de la menace à l’optimisation des capacités, en passant par la recherche d’un compromis de soutenabilité financière ou encore celle d’une meilleure articulation entre les ministères ? principalement ceux de l’intérieur et de la défense? ainsi qu’entre acteurs publics et privés (forces de sécurité privées, industriels, citoyens).

Dans cette entreprise, le SGDSN, du fait de sa position en soutien de l’exécutif et de sa fonction de coordination interministérielle dans le domaine de la défense et de la sécurité nationale, est naturellement appelé à jouer un rôle déterminant.

Les multiples travaux qu’il conduit ? Réflexion autour de l’opération Sentinelle, participation à l’élaboration du plan d’action contre la radicalisation et le terrorisme (PART) et du plan national d’orientation du renseignement (PNOR), élaboration et mise en œuvre du plan VIGIPIRATE, finalisation et adaptation de la loi de programmation Militaire… ?, ont déjà été et sont l’occasion pour lui de contribuer au nécessaire décloisonnement des milieux et des cultures en favorisant le dialogue entre les ministères, mais aussi entre les pouvoirs publics et la société civile (opérateurs d’importance vitale, académies, citoyens … ).

Cette action lui confère aujourd’hui une légitimité particulière pour aborder les questions croisées de la défense et de la lutte contre le terrorisme, et orchestrer les réflexions sur l’intégration de nos actions et de nos outils de défense, de sécurité, de renseignement mais aussi de notre politique judicaire, autour de la notion désormais centrale de « sécurité nationale ».

Ce travail qui implique un fort décloisonnement de l’action des armées et des divers acteurs en charge de la sécurité suppose également la recherche de nouveaux équilibres.

Si l’idée de continuum sécurité-défense est désormais actée, la séquence ouverte en janvier 2015 pose cependant la question de la conciliation sur le long terme de la protection du théâtre national et du maintien d’une capacité d’intervention extérieure satisfaisante. La résolution de cette tension inéluctable passe par l’augmentation des moyens alloués. L’actualisation de la Loi de programmation militaire en 2015 et la fin de la déflation des effectifs militaires ont été dans ce sens. Mais d’autres approches doivent également être envisagées, afin d’éviter de faire peser une demande démesurée sur les seules finances publiques et le seul budget de l’Etat (mobilisations des nouvelles technologies, appel à des forces de sécurité privées, contribution des polices municipales…).

D’autres équilibres sont à trouver, entre sécurité et liberté ; entre souveraineté et supranationalité ; entre le temps long de la construction et le temps court de l’action.

C’est pour cette raison que, sous une forme ou sous une autre, la réflexion demeure indispensable pour éclairer la décision.